Incrustation

Image incrustée d'un sportif.

L’incrustation est une technique informatique de trucage visuelle. Ainsi,  l’incrustation  en chrominance reste le principal effet spécial au cinéma et à la télévision. Un acteur ne peut sauter du haut d’un gratte-ciel ou discuter avec un lapin cultivé. Les spécialistes des trucages savent pourtant rendre réa­liste ce genre de scènes. Comment font-ils? [1] 

L’in­crustation en chrominance :

À l’ère numérique, les trucages sont très nombreux, mais la principale technique exploi­tée au cinéma et à la télévision reste l’in­crustation en chrominance. Le procédé consiste à filmer un acteur en studio devant un fond vert ou bleu (un drap) et une scène de fond en extérieur, puis à masquer le fond avant de superposer les deux séquences.   Expérimentée pour la première fois dans les années 1930, la technique de l’incrus­tation est restée inchangée dans son prin­cipe. À l’origine, une fois le masquage effectué, des techniciens tiraient des néga­tifs de la séquence jouée, qu’ils superposaient à ceux de la scène extérieure avant de se servir des images composites ainsi obtenues pour impressionner une pellicule. Aujourd’hui, les mêmes étapes sont fran­chies sur ordinateur après numérisation des images (voir schéma ci-dessous).    

L'incrustation, une technique informatique de trucage.

Pourquoi incruster sur fond vert ou bleu? En fait, un fond de n’importe quelle couleur serait possible, mais les couleurs rouge, vert ou bleu sont préférables, car elles corres­pondent aux trois couleurs fondamentales de la vidéo ou des trois émulsions super­posées des films photographiques employés au cinéma. Le rouge a cependant l’inconvénient d’être commun dans les tons de la peau humaine, de sorte que l’on remarque la disparition de ces parties, après le masquage qu’un acteur a été filmé sur fond rouge. Le vert étant plus rare que le bleu dans les tons portés, on l’em­ploie le plus souvent.   Même si la plupart des films continuent à être tournés sur pellicule photographique depuis le milieu des années 1990, le mon­tage entièrement numérique des films s’est imposé. Les cinéastes ont très vite adopté cette technique, car elle est rapide, meilleur marché et plus fine. La plupart des longs métrages d’aujourd’hui sont ainsi montés numériquement. Toutefois, malgré la technique numérique, le trucage exige une touche humaine: il reste une forme d’art.   Les spécialistes du trucage apprennent à surveiller les incrustations afin de régler à l’aide de logiciels adap­tés (par exemple : After effect d’Adobe, téléchargement de ce logiciel) les éventuels problèmes d’ombre, de couleur, de contour, d’apparitions fantomatiques et autres artefacts du même genre…   Ces artéfacts se produisent notamment quand le fond vert n’est pas éclairé de façon homogène ; ou par exemple, dans les cheveux à cause des halos que le vert intense du fond y crée parfois. Le masquage numérique entraîne en effet le remplacement de toute surface verte ou de couleur voisine par un trou transparent. Les halos verts entourant les cheveux deviennent donc des zones trans­parentes où l’arrière-fond apparaît à la place des cheveux volant au vent… Les truquistes ou truqueurs emploient des logiciels profes­sionnels de montage numérique (Final cut [2] et Avid Xpress [3]). Outre l’incrustation, ces programmes facilitent divers trucages et cor­rections possibles ainsi que l’emploi d’images de synthèse. Depuis l’apparition du caméscope à la fin des années 1980, des logiciels de retouche vidéo et destinés au grand public sont apparus. Ils incluent l’incrustation et sont très simples à utiliser. La Société Avid propose par exemple Pinnacle studio 14. Ce type de logiciel facilite les petits tru­cages, mais des programmes offrant des fonctions quasi pro­fessionnelles restent onéreux. Toutefois, un amateur du mon­tage vidéo mettra très longtemps à en tirer de beaux résultats s’il n’est pas formé…  

L’incrustation des acteurs dans les images de synthèse :

On peut aussi incruster des acteurs dans un décor tridimensionnel mouvant, par image de synthèse, tel celui réalisé pour le film récent Avatar. Beaucoup plus subtile que dans le cas d’un fond bidimensionnel, une telle incrustation s’effectue en trois temps. Tout d’abord, l’acteur interprète son rôle devant un fond vert pendant que l’on prélève des données telles que la position de la caméra, la focale, diverses distances, la direction de l’éclairage, etc. Ensuite, les graphistes fabriquent le décor à l’aide d’un logiciel et reconstituent la scène grâce à ces données. Un modèle numérique du comédien est créé afin de le faire évoluer dans l’environnement du décor et de « récupérer » l’ombre portée de celui-ci sur les objets virtuels. Enfin, les images de synthèse correspondantes sont calcu­lées, puis le comédien y est intégré à la place du modèle.  

L’incrustation en Télévision : 

 L’incrustation se pratique aussi à la télévi­sion, par exemple pour réaliser les bulletins météo, où elle est plus connue par son nom anglais de Chroma Key. En Télévision : Un ordinateur reçoit les images d’un présentateur météo prises sur fond bleu. Le logiciel Chroma key y soustrait le bleu, qu’il remplace par ce qui apparaît comme des trous transpa­rents. Ainsi, si le présentateur a eu la mauvaise idée de porter une cra­vate bleue, elle sera remplacée par un trou transparent! Le logiciel insère à la place de ces lacunes une carte ou des graphiques.

Incrustation de l'image du présentateur de la Météo


[1]– Voir : « L’incrustation, technique de trucage », Pour la Science N°388, février 2010, p.100-101.
[2]– Final Cut est le nom donné à la suite de logiciels de production vidéo de Apple :  – Final Cut Pro Logiciel de montage vidéo professionnel.  – Final Cut Studio Suite de logiciels pour la production vidéo.  – Version simplifiée de Final Cut Pro. Final Cut Express 
[3]– Avid Xpress montage est une famille de logiciels de non-linéaire édités par la société Avid Technology.
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